PORTRAIT · FORCE27 MAI 2026

AYLIS — Celle qui aime deux fois

Force réputée ultime. Cœur réputé partagé. Une femme qui aime Noro. Qui aime Navy. Qui ne s'excuse de rien. Le LeSerena rencontre AYLIS — et n'arrondit pas.

Elle marche pieds nus dans le couloir. Carrelage froid, lumière de fin d'après-midi qui traverse les vitres hautes. Elle vient de finir trois heures d'entraînement et elle n'est pas essoufflée. Elle me fait signe d'entrer dans la pièce d'à côté — un salon dépouillé, deux fauteuils en cuir noir, une fenêtre, une coupe d'oranges sanguines sur la table basse. Elle prend une orange, elle l'épluche avec une lenteur méthodique, elle me la tend sans rien demander. J'ai compris à ce geste que AYLIS n'est pas seulement une combattante. C'est une hôtesse. Au sens étymologique. Hostis. L'étrangère qu'on reçoit comme on se reçoit soi-même.

La puissance

On parle d'elle, dans les milieux qui suivent l'arène, comme de la force ultime. La formulation est emphatique, et AYLIS la corrige immédiatement quand je la lui rapporte : « Il n'y a pas de force ultime. Il y a la force qui se révèle au moment où on en a besoin. Si on l'appelle ultime, c'est qu'on a oublié toutes celles qui sont venues avant. »

Les chiffres tiennent debout. Vingt-huit ans. Un mètre soixante-treize. Soixante-deux kilos de muscles utiles — pas une once de gras ostentatoire. Trois disciplines pratiquées au-delà du niveau professionnel : combat à mains nues du quadrant nord, arts de lame courte des coloniaux Belar-V, endurance aérobie longue distance. Aucune de ces disciplines n'explique à elle seule la classe d'AYLIS en arène. Ce qui l'explique, c'est qu'elle pratique les trois simultanément. Combat = lame + mains + souffle. Pas en séquence. En accord. Comme un orchestre. C'est ce qu'aucun de ses adversaires n'a réussi à analyser à temps.

Les deux hommes

Le LeSerena n'aime pas trancher les choses du cœur. Le LeSerena documente. Trois sources concordantes, dans trois lieux différents, sur dix-huit mois, placent AYLIS dans la proximité durable de deux hommes : NORO, combattant silencieux du même Cassus 377, et NAVY, jeune homme dont nous avons publié le portrait dans une autre livraison. Aucun des trois ne s'en cache. Aucun ne s'en vante non plus. Et c'est précisément cette absence de pudeur falsifiée qui rend le sujet si difficile à traiter pour la presse conventionnelle. Le LeSerena pose les faits. Le LeSerena ne juge pas.

« AYLIS, vous aimez Noro ? » — Oui. « Vous aimez Navy ? » — Oui. « Comment est-ce possible ? » — Trois secondes de silence. Sourire qui ne demande pas pardon.« Comment est-ce impossible ? Vous croyez vraiment que le cœur fonctionne comme un budget — une enveloppe, des dépenses, un solde ? Le cœur n'est pas un budget. Le cœur est une marée. Il monte quand il monte, il se retire quand il se retire. Je n'ai jamais menti à l'un sur l'autre. C'est ce qui rend la chose tenable. »

« On peut tout reprocher à une femme qui aime deux hommes. Sauf le mensonge. Si elle ne ment pas, ce sont les autres qui doivent grandir. »

Le refus

Elle refuse de combattre au 377. La nouvelle est tombée en avril, sans communiqué officiel, par une simple absence sur les listes d'inscrits. La presse stratégique a immédiatement lancé six hypothèses. Maladie. Grossesse. Disgrâce. Vœu religieux. Conflit d'intérêt avec Noro ou avec Navy. Chantage politique. Aucune n'était la bonne. Le LeSerena a posé la question. Elle a répondu sans détour.

« Je ne combats pas au 377 parce que Noro y combat. Si je suis dans l'arène en même temps que lui, je passe le tournoi à le protéger au lieu de me battre. Je n'ai pas envie d'être la femme qui s'inscrit pour quelqu'un d'autre. Et lui n'a pas envie d'être l'homme qu'on protège. Donc je m'efface. C'est un choix tactique, pas un sacrifice. La différence est importante. »

Le futur

AYLIS sera inscrite au 378ème Cassus Belar. La date officielle de l'édition suivante n'est pas encore publiée — mais le LeSerena tient la déclaration suivante, prononcée devant moi le 24 mai 2026 : « J'attendrai. Je ne suis pas pressée. Quand je serai prête, je vous le dirai. Vous le publierez le premier — c'est le contrat. » Loi numéro sept de Sara Valdés. Le premier à publier écrit l'histoire. AYLIS l'a comprise sans qu'on ait à la lui expliquer.

En attendant, elle s'entraîne trois heures par jour. Elle voit Noro. Elle voit Navy. Elle ne voit pas la presse — sauf le LeSerena, et seulement parce que le LeSerena ne demande pas ce qu'elle n'est pas prête à dire.

« Aimer deux fois n'est pas trahir une fois. C'est tenir deux fois. AYLIS tient. »
AYLIS NORO NAVY CASSUS BELAR
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